De Paris à Washington

Bye bye, Lady Liberty !

Le départ de Lady Liberty

7 juin 2021

La réplique de la statue de la Liberté, présente sur le parvis de notre musée depuis 2011, a quitté son berceau historique du 3e arrondissement de Paris pour rejoindre les États-Unis. Propriété du Conservatoire national, elle a été prêtée à l’ambassade de France à Washington. La statue a été déposée au son de la fanfare de l’École normale supérieure de Paris et, par-dessus tout, sur fond d’amitié franco-américaine.

Coulée en bronze, en 2011 à partir d’un modèle original, statue en plâtre réalisée par Bartholdi faisant partie de l’exposition permanente du musée des Arts et Métiers (au 1/16ème de sa grande sœur newyorkaise) petite Lady Liberty a dit au revoir à la capitale. Une grue, spécialement acheminée pour l’opération, l’a ôté de son socle puis la déposée sur le plateau d’un camion tout aussi spécialement affrété. Avant le grand départ, petit détour par l’entrepôt du groupe de transport CMA-CGM, en charge de l’opération, de La Courneuve, où «Baby Liberty» doit être «protégée par un sarcophage de plexiglas afin d’arriver en bon état de l’autre côté de l’Atlantique», a expliqué Jacques Gerault, responsable des relations institutionnelles du 4e leader mondial de porte-conteneurs.

Le Havre-New York-Washington

Temporairement, la France offre donc aux États-Unis une deuxième statue de la Liberté, monument connu dans le monde entier et que l’on doit au sculpteur Auguste Bartholdi. Olivier Faron, administrateur général du Cnam, et initiateur du projet avec Philippe Étienne, ambassadeur de France aux États-Unis souligne «l’importance de ce moment pour l’amitié franco-américaine, moment qui a lieu au lendemain du 77e anniversaire du débarquement de Normandie». Tout un symbole. Mais pas le seul...

En effet, le calendrier est précis, et plutôt bien vu. La statue, qui quittera le sol français depuis le port du Havre, sera d’abord installée sur Ellis Island, à New York. L’île, qui accueillait naguère les candidats à l’immigration aux États-Unis, se situe face à Liberty Island… sur laquelle trône la statue de la Liberté grandeur nature, haute de 93 mètres (socle compris) depuis 1886! Ce cadeau de la France à l’Amérique a d’ailleurs inspiré cette phrase à Liam Weasley, chef de mission à l’ambassade des USA à Paris:«Jamais je n’ai connu un peuple aussi dévoué (ndlr : le peuple français).» Dernier clin d’œil: Lady Liberty aura rejoint les jardins de l’ambassade de France à Washington pour la fête nationale française, le 14 juillet. Elle y restera jusqu’en 2031.

Renforcer les liens des deux côtés de l’Atlantique

Par ce geste, la France entend rendre hommage à celles et ceux qui, des deux côtés de l’Atlantique, se sont battus pour la liberté et la démocratie au gré des siècles récents. La ville de Paris n’est d’ailleurs pas en reste pour entretenir la flamme entre les deux pays, comme l’a expliqué Ariel Weil, maire de Paris Centre, lors de la cérémonie: «nous allons bientôt inaugurer une place au nom de Ruth Bader Ginsburg, juge à la Cour suprême américaine décédée l’année dernière.»

D’autres personnalités ont participé à cette singulière cérémonie. Stanislas de Laboulaye, descendant d’un des promoteurs de la grande statue, et aujourd’hui ambassadeur pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris, a expliqué que la vieille dame newyorkaise, symbolisant «la liberté éclairant le monde», avait bien failli être celle d’Alexandrie, «l’Égypte apportant la lumière à l'Asie». Un échec pour Auguste Bartholdi, qui a mieux réussi de l’autre côté de l’Atlantique. De son côté, Fabrice Mauries, directeur adjoint des Amériques et des Caraïbes au Quai d’Orsay, a souligné à quel point «la France souhaite renouveler son attachement et sa confiance au peuple américain». Même discours de la part d’André Kaspi, historien spécialiste des États-Unis, qui a rappelé que «l’ambition la plus constante de Bartholdi fut (précisément) de symboliser l’amitié entre Paris et Washington».

Tout cela dans la joie…

Les adieux à Lady Liberty ont été régulièrement ponctués par le jeu musical très nouveau-orléanais de la fanfare Ernestophone, de l’École normale supérieure de Paris. De jeunes gens gais, talentueux, aux vêtements colorés, ont sorti trompettes et cymbales pour apporter cette touche qui fait d’un moment important un instant inoubliable. Et n’oublions pas non plus la présence amusante du dessinateur Jul qui, désormais, fait vivre Lucky Luke, le cowboy créé par Morris. Dans un opus, «l'homme qui tire plus vite que son ombre» sert de garde du corps à Lady Liberty et à Auguste Bartholdi. Jul a promis que le voyage de la petite sœur, lui aussi, se passerait bien.

A suivre...